Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité, en 2 minutes.

Quand la vaisselle s’entasse, dites vous seulement que vous allez laver une cuillère, vous finirez par faire toute la vaisselle. Quitte à se salir les mains, autant rentabiliser au maximum le produit vaisselle et les mains de toute façon mouillées. Tout ça pour dire que, vous avez cliqué, maintenant vous n’avez plus qu’à lire.

Pourquoi s’intéresser au TDA/H

Le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) concerne environ 2.5% de la population adulte mondiale1 et entre 3,5% et 5.6% des jeunes de 6 à 12 ans en France2. Les dernières recherches dans le domaine montrent une espérance de vie réduite d’entre 8.4 ans et 12.7 ans pour un adulte ayant cette condition3, et nous comprendrons un peu mieux pourquoi dans la partie sur les comorbidités.

C’est un des troubles cognitifs les plus étudiés et pour lequel les traitements et médicaments sont les plus efficaces. C’est aussi un des plus mal connus du grand public, rempli d’a priori et de stigmates4, ce qui n’est pas nécessairement sans raison. Effectivement, une étude de 20125 avec 13 572 jeunes soulève la question de la criminalité en lien direct avec un TDA/H dans l’enfance, entre 5 et 12 ans. Ainsi, voir un TDA/H se développer chez un enfant de cet âge augmente fortement le risque de déboires avec la justice une fois adolescent/jeune adulte. L’impact du TDA/H sur la criminalité de ces individus est jugé dans l’étude plus fort que celui du genre, de l’éducation ou des revenus.

Ce stigma apporte évidemment son lot de conséquences sur les enfants, et les adultes, ayant un TDA/H. Une étude de 20076 montre qu’une difficulté à s’intégrer existe chez ces enfants du fait de leur trouble, et qu’une fois rejetés, s’enclenche un cercle vicieux (que l’on imagine bien être un facteur important dans l’augmentation de la criminalité et de la délinquance dans cette population). Pas moins de 50 à 70% des jeunes TDA/H connaitraient des difficultés sociales importantes. Une étude de 20137 dit aussi que ces jeunes expérimentent fréquemment la stigmatisation par les pairs, le rejet, la victimisation, ce qui est associé avec des conséquences à long terme, académiques, psychopathologiques et sociales.

C’est un des troubles neurodéveloppementaux les plus sous-diagnostiqué / sous-traité8. Par exemple, l’HAS caractérise encore ce trouble principalement par de l’hyperactivité externe9 alors que c’est un très mauvais prédicteur de l’absence ou de la présence du trouble (~40% de patients ne sont pas hyperactifs dès l’enfance et de toute façon l’hyperactivité motrice disparait en grande partie avec l’âge en étant intériorisée en hyperactivité mentale). Beaucoup disent, dans les domaines de l’enfance (éducation nationale et spécialisée, pédo-psychiatrie, etc.) que l’on sur diagnostique les enfants et que l’on labélise trop facilement de TDA/H, les médicaments étant critiqués par extension10, mais il y aurait aussi une discrimination sexiste à l’égard des femmes atteintes par ce trouble, alors que c’est étudié11 et qu’il n’est pas question, pour les experts étudiant la question, d’exclure les femmes des bienfaits de la médecine.

Et bien que l’on puisse confondre des enfants avec beaucoup d’énergie avec des enfants TDA/H, nous connaissons suffisamment ce trouble pour différencier correctement et cesser de croire que le TDA/H est une invention des vendeurs de ritaline ou encore des parents qui n’ont pas envie de s’occuper de leurs enfants.

Pour plus de lecture concernant les croyances de certains : https://scilogs.fr/ramus-meninges/les-faits-alternatifs-des-psychanalystes-sur-le-tdah/

Le TDA/H, qu’est-ce que donc que ce maléfice ?

Le nom du trouble est quelque peu trompeur puisque ce n’est pas nécessairement un problème d’attention ni d’hyperactivité. Le TDA/H n’empêche pas des moments d’hyper concentration, c’est plutôt la régulation de l’attention qui pose problème et qui dépend fortement du contexte environnemental. Le TDA/H est en effet associé avec de hauts niveaux de variabilité intra individuelle dans le processus d’attention12.

Vient s’ajouter à cela un manque de motivation dû à un fonctionnement hypo dopaminergique13, menant à une recherche constante de stimulation et une aversion pour les récompenses avec un certain délai14. Tout cela rend les tâches difficiles et délicates extrêmement compliquées à réaliser pour les personnes avec un TDA/H, surtout pour les plus jeunes qui n’ont pas encore trouvé de moyens de compensation du trouble.

Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité a deux caractéristiques principales :

– Un dysfonctionnement au niveau de la dopamine et de la sérotonine15. Non seulement le cerveau génère moins de ces deux composants qu’un cerveau « neurotypique », mais en plus il l’élimine beaucoup plus rapidement, laissant les personnes avec un TDA/H en constant besoin de ces neurotransmetteurs.

– Des différences notamment au niveau du lobe frontal16 qui gère tout ce qui est fonctions exécutives, avec des différences filles/garçons17. Qu’est-ce que les fonctions exécutives ? Les fonctions exécutives gèrent la capacité de diriger l’attention, la mémoire immédiate, la régulation des émotions, la perception du temps et la planification18. C’est ce qui permet à l’humain de modifier son comportement pour atteindre des objectifs qui ne sont pas immédiats.

Quand on combine ces deux facteurs, qu’est-ce qu’on obtient ? Un cerveau sous-stimulé au niveau de la dopamine et de la sérotonine et qui essaie donc de faire tout ce qu’il peut pour obtenir sa dose pour fonctionner normalement. Couplé à des problèmes d’attention, cela veut dire que le cerveau essaie en permanence de trouver des choses intéressantes à faire et satisfaisantes. L’impulsivité est donc accrue, la perception du temps est fortement altérée (tout passe plus vite). La moindre tâche perçue comme inintéressante, répétitive devient un enfer à effectuer correctement et sans erreur. Si en plus cela doit se faire en plusieurs étapes et qu’il n’y a pas d’intérêt ou d’urgence pour pousser à l’accomplissement, c’est encore plus compliqué. Si vous voulez voir une personne avec un TDA/H échouer, mettez là dans un environnement sans conséquences, sans supervision et affectez-lui des tâches qu’elle trouve non stimulantes.

Selon les gens et leur environnement le développement des fonctions exécutives sera différent. Les mécanismes de gestion et de masquage seront également différents. Le trouble est de même nature pour les hommes et les femmes, mais les manifestations externes ou leur perception par la société est différente.

D’où ça vient ?

Le TDA/H est principalement d’origine génétique, hautement héréditaire19. Ce n’est pas dû à l’éducation, à l’alimentation ou aux occupations (non, regarder la télé en étant gosse ou manger du sucre ne vous contamine pas avec un TDA/H). Les facteurs favorisant l’expression de ces gènes sont principalement le tabagisme lors de la grossesse, la prématurité et le sous-poids à la naissance. C’est un trouble qui apparaît dans l’enfance, si vous n’avez pas de symptômes à vos 25 ans, il n’y a aucune chance que vous le développiez sur le tard – sauf dans de très rares cas de traumatismes crâniens ou d’AVC entrainant des dégâts cérébraux. Il est en revanche possible que les symptômes évidents aient été masqués en compensant l’usage des fonctions exécutives.

Les symptômes du TDA/H

Le DSM-V indique que la manifestation des symptômes doit durer depuis plus de 6 mois afin de pouvoir réellement parler d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité. L’inattention, l’hyperactivité, un comportement disruptif et l’impulsivité sont des manifestations communes du TDA/H, et vont de pair avec des difficultés académiques ou sociales. Pour parler de trouble il est nécessaire que les symptômes observés aient un impact négatif sur la vie de la personne. Il faut retrouver 6 symptômes d’inattention ou d’hyperactivité/impulsivité chez les moins de 17 ans et 5 symptômes parmi les plus de 17 ans dans la liste suivante :

Dans la catégorie de l’inattention :

  • Manque fréquemment des détails et fait des erreurs évitables
  • Souvent difficile de maintenir une concentration sur une tâche ou une activité
  • Se retrouve souvent à ne pas écouter quand on lui parle, même quand il n’y a aucune distraction particulière
  • Ne finit que rarement ses tâches, ne suit pas les instructions
  • Difficultés organisationnelles, difficultés à respecter les délais
  • Fréquemment du mal à s’engager dans des tâches qui requièrent une attention soutenue
  • Perd souvent ses affaires
  • Facilement distrait par des choses sans importance
  • Oublie des activités du quotidien

Dans la catégorie hyperactivité/impulsivité :

  • S’agite ou se tortille souvent sur son siège
  • A du mal à rester assis durant le diner, le travail
  • Court fréquemment dans des situations inappropriées
  • A du mal à s’engager calmement dans des activités/jeux
  • Constamment en mouvement, mal à l’aise sinon
  • Parle souvent trop
  • Répond souvent à une question avant qu’elle soit finie
  • Difficultés pour attendre son tour
  • Interrompt souvent les autres

Le DSM-V n’est cependant pas sans défaut, et il existe un besoin reconnu d’affiner les critères de diagnostic du TDA/H20. Mais nous pouvons « simplifier » pour améliorer la compréhension de ce que l’on doit regarder pour penser à un TDA/H. En d’autres termes :

  • L’immobilité génère une tension interne et de l’anxiété.
  • Une recherche de sensations fortes (par exemple, dans les sports extrêmes, la vitesse, les drogues ou le jeu compulsif).
  • Une faible capacité de concentration.
  • Une difficulté à s’organiser au quotidien et à long terme.
  • Une difficulté à commencer / terminer des tâches.
  • Des sautes d’humeur.
  • Un caractère colérique / impulsif.
  • Une faible estime de soi.
  • Une difficulté à gérer le stress.
  • Une difficulté à tolérer la frustration.
  • Peu de stabilité, tant dans la vie de couple qu’au travail.

Il est important de noter que les symptômes ne sont que la manifestation externe des troubles internes. Ce trouble est un spectre, comme l’autisme, tout le monde n’a pas les mêmes symptômes. Le sexe a une influence sur la manifestation du trouble chez les hommes et les femmes, avec une sévérité plus grande pour les hommes21 (ce qui n’est pas encore tout à fait expliqué, nature ou culture ?). En parallèle, le fait de vieillir fait disparaître chez beaucoup un certain nombre de symptômes22, ce qui peut s’expliquer en partie par des moyens de compensation développés23 par les personnes au fur et à mesure de leur évolution dans la vie. Comme r/ADHD en atteste, chacun trouve des moyens de faire avec le trouble dans divers domaines, comme le sommeil, la concentration, la motivation, etc.

J’ai des symptômes ponctuels, peut-être que je l’ai ?

Tout le monde a des symptômes de temps à autres. Tout comme tout le monde a des symptômes passagers de dépression quand ils ne vont pas bien. Ce qui définit une pathologie n’est pas juste les symptômes ponctuels mais le niveau d’handicap causé dans la vie courante, la persistance au cours du temps, et surtout le décalage entre le contexte de vie et l’état mental interne. Il faut plusieurs symptômes qui impactent plusieurs champs de vie majeurs (travail, relations, gestion du quotidien…) et une persistance sur plusieurs mois / années.

Vivre avec… ?

Comme tout trouble ou maladie, le TDA/H ne vient malheureusement pas seul. Il est accompagné de tout un tas de comorbidités. En médecine, la comorbidité désigne la présence d’un ou de plusieurs troubles associés à un trouble ou une maladie primaire. Ici, le TDA/H associé à divers autres problèmes.

Au travers de la vie d’un individu, le TDA/H peut significativement augmenter le risque d’autres troubles psychiatriques, d’échecs, d’accidents, de criminalité, d’inhabilités sociales et d’addiction24.

Des troubles alimentaires et/ou surpoids et obésité25 ; insomnies et troubles du sommeil26 liés à un problème de cycle circadien27 ; troubles de l’humeur / anxiété, des problèmes relationnels et d’attachement28 ; des troubles de l’apprentissage29 et une anxiété liée aux examens30, et enfin : épilepsie31, migraines32, risques de suicides accrus33.

Mais ce n’est pas possible que j’ai un TDA/H, je n’ai pas de difficultés scolaires, j’ai fait des études, j’ai une belle carrière, un(e) conjoint(e) et des gosses !

Et à quel point était-ce compliqué ? A quel point est-ce difficile de faire face au quotidien ? Il faut être honnête avec soi-même et accepter que la vie n’est pas facile, mais il faut savoir pourquoi. Si c’est un élément extérieur, et qu’il suffit de changer de travail, de ville, ou que sais-je, on peut dire que c’est gérable. Mais si depuis toujours, en ayant tout essayé, c’est toujours la galère, il faut se poser les bonnes questions.

Le TDA/H n’est pas un manque de capacités cognitives, ni de capacités de communication, ni un défaut de compréhension. Il n’y a aucune corrélation entre l’intelligence/les capacités et le trouble. C’est un problème de performance, pas de connaissance ou d’acquisition de connaissance. Il est tout à fait possible de « réussir », de devenir « quelqu’un » en ayant un TDA/H, c’est juste beaucoup plus dur et épuisant que pour quelqu’un de « neurotypique » si tu n’es pas diagnostiqué / suivi / sous médocs.

Le TDA/H est juste une excuse ! Ils sont tous fainéants !

La labélisation de feignant est très peu pertinente. La perception de la fainéantise est la suivante :

· Vous savez que X doit être fait.

· Vous avez tous les outils pour faire X.

· Vous choisissez délibérément de ne pas faire X.

Le TDA/H peut affecter ces trois points soit parce que la personne atteinte oublie qu’il est nécessaire de faire X, sait que X doit être fait mais il y a un manque d’énergie ou de capacité de concentration, ou alors il/elle n’arrive pas physiquement à démarrer la tâche malgré l’envie de le faire.

Les traitements.

Il n’existe aucun traitement capable de guérir le TDA/H. La médicamentation la plus prescrite, en principe, inclue le methylphenidate, les amphétamines, et des drogues non-stimulantes.

Voici une liste34 :

Stimulants

  • Methylphenidate35
  • Amphetamines, lisdexamfetamine, dexamfetamine36

Non-stimulants

  • atomoxetine37
  • guanfacine38
  • clonidine39
  • desipramine40

Certains sont des stimulants, d’autres non. Dans la majorité des cas (80%), les traitements à base de stimulants sont les plus efficaces. C’est important de se faire traiter, les conséquences du TDA/H non traité sont beaucoup plus graves que les effets secondaires des médicaments. Par exemple : une estime et une image de soi dégradées, de moins bonne compétences sociales ainsi qu’une sociabilisation altérée, difficulté à démarrer des hobbys41 ; plus de risque de se blesser42 du fait de l’impulsivité, de l’inattention et de l’hyperactivité.

Il existe un nombre important de médicaments possibles, avec des modes d’actions différent sur le corps. Si celui que vous prenez n’est pas efficace ou vous cause trop d’effets secondaires, parlez-en à votre psychiatre pour changer la posologie, la molécule ou le mode d’action. Les risques sont étudiés et il est important d’en prendre connaissance avant de consommer un de ces médicaments. Le methylphenidate, les amphetamines et l’atomoxetine sont particulièrement bien étudiés43.

En plus des médicaments, certaines psychothérapies comportementales44 peuvent s’avérer efficaces, un entrainement aux compétences sociales45, l’exercice sportif46 et certaines manières de s’alimenter47 peuvent prendre place dans le traitement du TDA/H. Il peut aussi être nécessaire de procéder à des modifications d’environnement : rendre l’information visuelle et tangible avec des plannings, des listes, des post-it, des timers.

Est-ce que les médicaments se comportent différemment sur les hommes / femmes / cis / trans ?

Effectivement, les changements hormonaux subis par les femmes (menstruation, grossesse, ménopause) peuvent nécessiter d’adapter la posologie au cours du temps. Votre médecin n’est pas forcément au courant donc parlez-en lui. Pour tout ce qui a trait à la transition de sexe, la recherche est pour le moment très faible si ce n’est quasi inexistante et donc les résultats ne sauraient pour le moment nous indiquer grand-chose de sérieux.

Je prends un traitement médicamenteux, au bout de combien de temps je peux arrêter ?

On en revient à la balance bénéfice-risque. Concrètement, rien ne vous oblige à prendre un traitement, mais si vous en avez besoin pour fonctionner au quotidien… Il n’y a que vous pour répondre à cette question. Rappelez-vous seulement que le TDA/H ne se guérit pas et ne disparaît qu’en surface, avec le temps, et si vous avez trouvé des moyens de compensation suffisamment efficaces et durables. C’est une condition chronique.

Conclusions.

J’espère que ce n’est pas trop long ou fastidieux à lire. J’ai essayé de brosser le tableau le plus globalement et clairement possible, en donnant les informations qui me paraissent les plus importantes. Les articles Wikipédia relatifs au TDA/H sont sûrement bien plus complets, mais peut-être le sont-ils un peu trop et pour autant pas suffisamment clairs, manquant parfois de sources sur des informations importantes.


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