Épidémiologie comparée de la dépendance au tabac, l’alcool, les substances contrôlées et les substances inhalées : Résultats de base venant de la National Comorbidity Survey. 1994

Experimental and Clinical Psycho pharmacology 1994. Vol. 2, No. 3, 244-268.

[lien pour télécharger l’étude]

L’étude de la prévalence de la dépendance aux drogues du Manuel diagnostique et statistique (3e édition, rév., American Psychiatric Association, 1987) chez les Américains âgés de 15 à 54 ans a révélé qu’environ 1 personne sur 4 (24 %) avait des antécédents de dépendance au tabac, environ 1 personne sur 7 (14 %) avait des antécédents de dépendance à l’alcool et environ 1 personne sur 13 (7,5 %) avait des antécédents de dépendance à un inhalant ou à une drogue contrôlée. Environ un tiers des fumeurs de tabac avaient développé une dépendance au tabac et environ 15% des buveurs étaient devenus dépendants de l’alcool. Parmi les consommateurs d’autres drogues, environ 15% étaient devenus dépendants. Beaucoup plus d’Américains âgés de 15 à 54 ans ont été affectés par la dépendance aux substances psychoactives que par d’autres troubles psychiatriques auxquels on accorde désormais une plus grande priorité dans les systèmes de prestation de services de santé mentale, la prévention et les programmes de recherche sponsorisés.

L’objectif de cet article est de rapporter les résultats descriptifs de base d’une nouvelle recherche sur l’épidémiologie des syndromes de dépendance aux drogues, menée dans le cadre de la National Comorbidity Survey (NCS). Dans cette étude, notre équipe de recherche a sécurisé un échantillon représentatif au niveau national et a appliqué des évaluations diagnostiques standardisées d’une manière qui permet des comparaisons directes entre les estimations de prévalence et les corrélats de la dépendance au tabac, de la dépendance à l’alcool et de la dépendance aux autres drogues psychoactives psychoactifs (Kessler et al., 1994).

Pour cette vue d’ensemble des résultats de l’enquête, l’un des principaux objectifs a été de répondre à deux questions épidémiologiques fondamentales sur la dépendance aux drogues impliquant le tabac, l’alcool, les drogues contrôlées comme la cocaïne et les substances inhalées : Tout d’abord, dans la population étudiée, quelle proportion de personnes peut être considérée comme un cas actif ou ancien de toxicomanie ? Deuxièmement, où les cas concernés ont-ils le plus de chances de se trouver dans la structure sociodémographique de la population étudiée ?

En outre, les estimations de population présentées dans cet article mettent en lumière l’épidémiologie de la dépendance au tabac, à l’alcool et aux drogues individuelles et groupes de drogues suivants : cannabis ; héroïne ; cocaïne ; psychostimulants autres que la cocaïne ; médicaments analgésiques ; groupe de drogues comprenant les anxiolytiques, les sédatifs et les hypnotiques ; drogues psychédéliques ; et drogues inhalées. Les estimations de population suivantes sont présentées pour chacune de ces drogues répertoriées, y compris le tabac et l’alcool : (a) la prévalence au cours de la vie de la dépendance aux drogues, évaluée en fonction des critères publiés dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, troisième édition, révisé (DSM-III-R ; American Psychiatric Association, 1987) ; (b) la prévalence au cours de la vie de l’usage extramédical de drogues, défini de manière à englober l’usage de drogues illicites ainsi que les patients qui prennent des médicaments prescrits pour se défoncer, qui en prennent plus que ce qui leur a été prescrit ou qui prennent des médicaments pour d’autres raisons non prévues par le médecin ; et (c) la proportion de consommateurs extramédicaux qui sont devenus toxicomanes.

En utilisant de telles estimations, nous cherchons à décrire l’expérience de la population dans son ensemble avec des formes de consommation de médicaments psychoactifs qui se produisent généralement sans surveillance ni contrôle de la part des prescripteurs, des pharmaciens ou d’autres praticiens de la santé. Tout en reconnaissant les nombreuses raisons pour lesquelles les gens peuvent nier ou sous-déclarer leur consommation de drogues illicites ou leurs problèmes de drogue, nous attirons l’attention sur la fréquence à laquelle la consommation de drogues illicites et les symptômes de troubles liés à la consommation de drogues sont reconnus dans les enquêtes de ce type. Par exemple, sur la base d’entretiens confidentiels menés dans le cadre de l’enquête Epidemiologic Catchment Area (ECA) il y a plus de 10 ans, nous avons constaté qu’un Américain adulte sur trois (30,5 %) avait déclaré avoir consommé des drogues illicites récemment ou dans le passé. Sur la seule base de l’autodéclaration, 20 % de ces consommateurs de drogues illicites avaient des antécédents de dépendance à des substances contrôlées ou à un trouble lié à la drogue. Sans compter la dépendance au tabac, environ un Américain adulte sur six (17 %) répond aux critères de diagnostic d’un trouble lié à l’alcool ou à la drogue, ou aux deux (Anthony & Helzer, 1991). Il s’agit d’estimations substantielles qui traduisent l’importance pour la santé publique de la consommation de drogues et de la toxicomanie aux Etats-Unis, et elles sont beaucoup trop importantes pour être dues au type d’exagération et de surdéclaration que l’on trouve parfois dans les enquêtes sur la consommation de drogues au début de l’adolescence (Johnston, O’Malley et Bachman, 1992). Si une correction pouvait être apportée pour tenir compte de la sous-déclaration, ces estimations substantielles seraient encore plus importantes. encore plus importantes.

Au cours des 14 années écoulées depuis le début des enquêtes de l’ECA
l’expérience de la population en matière de drogues a changé de façon importante, avec le passage par une épidémie de crack et d’autres formes de consommation de cocaïne (Harrison, 1992 ; Kandel, 1991). L’enquête NCS rend compte des résultats de ces changements et tire parti de certaines améliorations méthodologiques qui ne faisaient pas partie du plan de recherche de l’ECA : (a) un échantillon représentatif au niveau national des 15-54 ans ; (b) une évaluation plus complète de la consommation de drogues extra-médicales, en appliquant des stratégies de mesure élaborées pour la National Household Survey on Drug Abuse (NHSDA ; U.S. Department of Health and Human Services [USDHHS], (1993) ; (c) un alignement délibéré des critères de diagnostic et des stratégies de mesure utilisées pour évaluer la dépendance à l’alcool, au tabac et à d’autres drogues, afin de permettre des comparaisons entre les groupes de drogues ; et (d) un ajustement plus approfondi des biais de non-réponse introduits par les répondants désignés qui ont refusé d’être évalués, peut-être pour des raisons liées à la dépendance à l’alcool ou aux drogues.

Les estimations descriptives présentées dans cet aperçu ouvrent la voie à des recherches en cours dans le cadre desquelles nous testons des hypothèses sur les déterminants et les conséquences présumés de la toxicomanie, y compris les liens entre la toxicomanie et d’autres troubles psychiatriques tels que l’anxiété et les troubles de l’humeur (Kessler, sous presse). Ces résultats peuvent intéresser les pharmacologues et autres scientifiques qui s’intéressent à l’expérience de la population en matière de drogues en dehors des limites de la recherche et de la pratique en laboratoire et en clinique. Ceux qui étudient les fonctions de renforcement de la consommation de drogues et la responsabilité de la dépendance à l’égard de certaines drogues peuvent obtenir des informations utiles en examinant les aspects comparatifs de l’épidémiologie de la dépendance au tabac, à l’alcool et à d’autres drogues, y compris les données épidémiologiques sur la transition entre une consommation unique de drogue et le développement d’une dépendance à la drogue, un sujet qui suscite un intérêt considérable au sein de la communauté clinique et de recherche (voir par exemple Anthony, 1991 ;
Glantz et Pickens, 1992 ; Henningfield, 1992). Les chercheurs trouveront également ces estimations de population utiles lorsqu’ils chercheront à justifier l’importance potentielle pour la santé publique de leurs études pharmacologiques ou à analyser les politiques publiques. Enfin, ces estimations peuvent être utiles aux praticiens de soins primaires et aux médecins de famille, ainsi qu’aux psychologues, psychiatres et autres spécialistes qui prescrivent des médicaments psychoactifs ou qui doivent anticiper la fréquence à laquelle l’état de santé de leurs patients peut être compliqué par des antécédents de dépendance. être compliqué par des antécédents de dépendance au tabac, l’alcool ou d’autres drogues.

Résultats

Combien d’Américains âgés de 15 à 54 ans ont développé une dépendance à la drogue ?

Le tableau 2 montre les estimations de la prévalence au cours de la vie et l’erreur standard pour chaque estimation sur la base des entretiens CIDI administrés à la population de l’étude NCS âgée de 15 à 54 ans entre fin 1990 et début 1992. Selon le tableau 2 (voir colonne 2), on estime que 24,1 % de cette population étudiée a développé une dépendance au tabac (±1,0 %), tandis que 14,1 % a développé une dépendance à l’alcool (±0,7 %) et 7,5 % (±0,4 %) a développé une dépendance à au moins une des substances contrôlées ou des drogues inhalées énumérées dans le tableau 2. Ainsi, par ordre d’importance, les antécédents de dépendance au tabac apparaissent le plus fréquemment dans cette population étudiée, touchant environ 1 personne sur 4. La dépendance à l’alcool était ensuite la plus répandue, puisqu’elle concernait environ 1 personne sur 7. personne. Des antécédents de dépendance à d’autres drogues d’autres drogues suivait, touchant au total environ 1 personne sur 13. 13 personnes.

Sans compter le tabac et l’alcool, le cannabis est à l’origine de plus de dépendances que toute autre drogue ou groupe de drogues : Dans la population étudiée par l’enquête NCS, 4,2 % se sont qualifiés pour le diagnostic à vie de dépendance au cannabis (tableau 2, ligne 4, colonne 2). La dépendance à la cocaïne, y compris le crack, venait ensuite : On estime que 2,7% de la population étudiée âgée de 15 à 54 ans a développé une dépendance à la cocaïne. Les estimations de prévalence pour seulement deux autres catégories de drogues étaient supérieures à 1,0% : La dépendance aux psychostimulants autres que la cocaïne (par exemple les amphétamines) était de 1,7 % et la dépendance aux anxiolytiques, sédatifs ou hypnotiques de 1,2 % (Tableau 2, ligne 7, colonne 2). 2, ligne 7, colonne 2).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.